ON L’ENVOYA COMME SACRIFICE AU LOUP BLANC — MAIS LORSQU’ELLE BRISA SES CHAÎNES, UN PRINCE APPARUT

ON L’ENVOYA COMME SACRIFICE AU LOUP BLANC — MAIS LORSQU’ELLE BRISA SES CHAÎNES, UN PRINCE APPARUT
PARTIE 1 — LA FILLE OFFERTE AU MONSTRE
Lorsque Freya comprit qu’on l’avait choisie pour mourir, personne dans le village n’osa la regarder dans les yeux.
La cloche de la chapelle venait de sonner trois fois.
C’était le signal.
Tous les habitants de Vargheim s’étaient rassemblés sur la petite place enneigée, devant la grande statue de pierre représentant un loup aux crocs découverts.
Le vent était glacial.
Freya serrait son manteau rouge autour de ses épaules.
Elle avait dix-huit ans.
Elle connaissait chaque visage autour d’elle.
Le boulanger qui lui donnait autrefois les morceaux de pain trop cuits.
La femme qui l’avait aidée lorsqu’elle était malade enfant.
Les garçons avec lesquels elle courait dans les champs.
Mais ce matin-là, tous détournaient le regard.
Au sommet des marches se tenait le seigneur Varick.
Maître de Vargheim.
Vêtu d’un long manteau noir bordé de fourrure, il tenait dans ses mains un parchemin portant le sceau de la vallée.
— Freya Aldren.
Elle leva la tête.
— Avance.
Elle ne bougea pas.
Deux gardes firent un pas vers elle.
Freya comprit qu’elle n’avait aucun choix.
Elle monta lentement les marches.
Varick déroula le parchemin.
— Selon l’ancien pacte, une jeune femme sans époux doit être offerte au Gardien avant la première lune d’hiver.
Freya sentit sa gorge se serrer.
— Cet ancien pacte n’existe plus.
Un murmure traversa la foule.
Varick sourit.
— Tu contestes les traditions de tes ancêtres ?
— Je conteste surtout celles qu’on ressort uniquement lorsqu’elles vous arrangent.
Quelques personnes baissèrent la tête.
Varick la fixa.
Il n’aimait pas Freya.
Cela n’avait jamais été un secret.
Depuis la mort de ses parents, cinq ans plus tôt, elle vivait seule dans une petite maison près de la forêt.
Elle soignait les animaux blessés.
Cueillait des plantes médicinales.
Et surtout, posait trop de questions.
Pourquoi personne ne pouvait franchir les portes de l’ancien château ?
Pourquoi les loups hurlaient-ils chaque nuit vers la montagne ?
Pourquoi Varick interdisait-il aux villageois de parler de l’ancienne famille royale ?
À Vargheim, les questions étaient dangereuses.
— Le choix a été fait, dit Varick.
Freya regarda la foule.
— Par qui ?
Silence.
— Par qui ?
Cette fois, une vieille femme pleura.
Freya comprit.
Personne ne l’avait réellement choisie.
Varick l’avait désignée.
Et tous avaient eu trop peur pour protester.
Un garde lui tendit une petite lanterne.
Un autre attacha autour de son cou une chaîne de fer portant une pierre noire.
Freya recula.
— Qu’est-ce que c’est ?
Varick répondit :
— Le sceau du sacrifice.
Elle arracha presque la chaîne.
Mais le regard de Varick la fit hésiter.
— Essaie de l’enlever avant d’arriver au château, murmura-t-il, et les hommes qui t’accompagnent reviendront choisir quelqu’un d’autre.
Freya pensa immédiatement aux enfants du village.
Aux jeunes filles.
Elle ferma les yeux.
Puis laissa la chaîne autour de son cou.
— Vous êtes un lâche.
Varick sourit.
— Et pourtant, je serai encore vivant demain matin.
Le château de Skall se trouvait à trois heures de marche.
Il dominait la vallée depuis une falaise noire.
Personne n’y habitait officiellement depuis vingt ans.
Les villageois racontaient qu’un monstre dormait dans ses souterrains.
Un loup blanc gigantesque.
Chaque année, disait-on, une offrande devait lui être donnée afin qu’il ne descende pas dans la vallée.
Freya n’avait jamais cru cette histoire.
Mais lorsqu’on la poussa à l’intérieur du château et que la lourde porte se referma derrière elle…
elle entendit un rugissement.
Très loin sous ses pieds.
Elle s’immobilisa.
Un deuxième rugissement.
Puis le bruit de chaînes.
Freya regarda autour d’elle.
Le château n’était pas abandonné.
Des torches brûlaient dans certains couloirs.
Quelqu’un entretenait cet endroit.
Quelqu’un nourrissait ce qui se trouvait sous le sol.
Elle suivit l’escalier.
Elle aurait pu essayer de fuir.
Mais la porte extérieure était verrouillée.
Et une étrange sensation la poussait vers les profondeurs.
Plus elle descendait, plus la pierre noire autour de son cou devenait chaude.
Au dernier niveau, elle atteignit un long corridor.
Une seule pièce était éclairée.
Freya s’en approcha.
Le vent pénétrait par une haute fenêtre grillagée.
Au fond de la chambre brillait un cristal bleu posé sur un petit autel.
Et au centre…
se trouvait le loup.
Freya cessa de respirer.
Il était immense.
Presque aussi haut qu’un cheval lorsqu’il aurait été debout.
Sa fourrure blanche était sale et emmêlée.
Un énorme collier de fer hérissé de pointes entourait son cou.
Des chaînes épaisses reliaient ses pattes au sol.
Ses yeux brillaient d’un étrange reflet ambré.
Le loup grogna.
Freya aurait dû reculer.
Au lieu de cela, elle regarda les chaînes.
Certaines étaient incrustées dans sa peau.
Pas profondément.
Mais assez pour montrer qu’il les portait depuis longtemps.
— Tu es prisonnier…
Le loup leva la tête.
Freya s’approcha d’un pas.
Il montra les crocs.
— Je ne vais pas te faire de mal.
Le grondement diminua.
Elle s’agenouilla à quelques mètres.
Le loup la fixait.
Pas comme un animal affamé.
Comme quelqu’un qui essayait de comprendre.
Freya remarqua alors la gamelle vide.
Puis les marques de coups sur le mur.
Puis le collier.
— Ils disent que tu demandes des sacrifices.
Le loup gémit doucement.
Elle sentit quelque chose se briser en elle.
— Tu ne demandes rien, n’est-ce pas ?
Le loup posa lentement sa tête sur la pierre.
Freya s’approcha.
Très doucement.
Dans la poche de sa robe se trouvait toujours une petite aiguille métallique qu’elle utilisait pour réparer les serrures de son coffre.
Elle la sortit.
— Ce verrou… tu souffres.
Le loup ne bougea pas.
Freya glissa l’aiguille dans le cadenas.
Ses mains tremblaient.
Premier clic.
Le loup releva la tête.
Deuxième clic.
Freya inspira.
Troisième.
Le cadenas s’ouvrit.
Les chaînes tombèrent au sol avec un fracas immense.
Freya recula.
Le loup se redressa.
Puis tout son corps fut entouré d’une fumée blanche.
La jeune fille cria.
La forme de l’animal disparut.
Les os changèrent.
La fourrure se rétracta.
La fumée remplit la chambre.
Lorsqu’elle se dissipa, Freya vit un homme à quatre pattes sur le sol.
Grand.
Musclé.
Couvert de cicatrices.
Les cheveux noirs humides collés à son front.
Il respirait avec difficulté.
Freya ne bougeait plus.
L’homme leva lentement la tête.
Ses yeux étaient d’un bleu presque irréel.
Il la regarda.
Puis son expression passa de la confusion au choc.
Il inspira profondément.
Comme s’il reconnaissait une odeur.
— Pourquoi…
Sa voix était rauque.
Il essaya de se relever.
— Pourquoi le sacrifice a-t-il l’odeur de mon âme sœur ?
Freya sentit son cœur manquer un battement.
— Votre quoi ?
L’homme se figea.
Puis ses yeux tombèrent sur la pierre noire suspendue au cou de Freya.
Son visage changea.
Il recula.
— Non.
— Quoi ?
Il désigna la pierre.
— Qui t’a donné ça ?
— Seigneur Varick.
Le jeune homme pâlit.
Puis il regarda les chaînes.
— Depuis combien de temps règne-t-il sur la vallée ?
— Presque vingt ans.
L’homme ferma les yeux.
— Vingt ans…
— Qui êtes-vous ?
Il releva la tête.
Sa voix était désormais claire.
— Kael.
Freya attendit.
Il ajouta :
— Prince Kael de Skall.
Elle faillit rire.
Mais son regard l’en empêcha.
Kael se leva lentement.
— Et si Varick t’a envoyée ici, ce n’est pas pour nourrir un monstre.
Il regarda la pierre noire autour de son cou.
— Il t’a envoyée parce qu’il savait que tu pourrais me libérer.
Freya serra le pendentif.
— Pourquoi voudrait-il ça ?
Kael la fixa.
— Il ne le voulait pas.
Une lumière bleue s’alluma soudain sur l’autel.
Kael se tourna.
Le cristal vibrait.
— Il voulait que tu me tues avant que cela arrive.
— Avant quoi ?
Kael regarda Freya.
Puis le cristal.
— Avant que le lien entre nous se réveille.
Et dans toute la montagne, les loups commencèrent à hurler.
PARTIE 2 — LE PRINCE QUE LE ROYAUME AVAIT OUBLIÉ
Freya passa une heure à croire qu’elle rêvait.
Peut-être que le froid l’avait rendue folle.
Peut-être que Varick lui avait donné quelque chose avant de l’envoyer au château.
Mais chaque fois qu’elle regardait les chaînes ouvertes au sol, elle savait que ce qu’elle venait de voir était réel.
Kael trouva une vieille chemise dans un coffre.
Il l’enfila difficilement.
Ses mouvements restaient douloureux.
— Depuis combien de temps étiez-vous ici ?
Il s’arrêta.
— Je ne sais pas.
— Vous venez de dire vingt ans.
— J’avais cinq ans lorsque tout a commencé.
Freya le regarda.
— Vous étiez un enfant ?
Kael acquiesça.
Il s’assit contre le mur.
Puis raconta.
Skall n’avait pas toujours été un château maudit.
Il était autrefois la résidence de la famille royale des Hautes Vallées.
La maison Volkar.
Une lignée particulière.
Ses membres pouvaient prendre la forme de loups.
Pas tous.
Seulement ceux qui portaient le sang des Alphas.
Cette capacité n’était ni une maladie ni une malédiction.
Elle était considérée comme un don.
Les Alphas protégeaient les vallées depuis des siècles.
Le père de Kael, le roi Edric, était le dernier souverain reconnu.
Sa mère, la reine Lyanna, était une guérisseuse issue d’une ancienne famille du Sud.
Puis Varick arriva.
À l’époque, il n’était qu’un conseiller.
Intelligent.
Patient.
Toujours présent lorsque le roi devait prendre une décision difficile.
— Il a commencé par convaincre mon père que les villages voulaient se rebeller.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il voulait une armée plus grande.
Kael regarda les chaînes.
— Ensuite, il a fait croire aux villages que mon père préparait une guerre contre eux.
Freya comprit.
— Il faisait peur aux deux camps.
— Oui.
Puis un hiver, le roi Edric mourut.
Officiellement d’une fièvre.
Kael n’avait que cinq ans.
Sa mère devint régente.
Elle découvrit rapidement que la maladie de son mari n’avait rien de naturel.
Avant qu’elle puisse révéler ses soupçons, elle disparut à son tour.
Varick annonça qu’elle avait fui.
Le jeune Kael fut déclaré mort quelques semaines plus tard.
— Mais vous étiez ici.
— Pas encore.
Kael serra les poings.
Varick l’avait gardé vivant.
Parce que le sang Alpha permettait d’activer certaines protections magiques du royaume.
Le cristal bleu de la prison en faisait partie.
— Le Cœur de Skall.
Freya regarda l’autel.
— Ce cristal ?
— Une partie seulement.
Selon Kael, le véritable Cœur se trouvait beaucoup plus profondément sous le château.
Il permettait autrefois de protéger les terres pendant les hivers les plus durs.
Mais seul un Alpha pouvait l’éveiller.
Varick avait donc besoin de Kael.
Il essaya d’abord de le manipuler.
Puis de le forcer.
Enfin, il utilisa une ancienne sorcière pour enfermer sa forme humaine.
Kael fut condamné à rester loup.
— Et les sacrifices ?
Le visage du prince devint sombre.
— Je ne sais pas.
— Il y en a eu avant moi.
Kael leva brutalement la tête.
— Combien ?
— Une fille chaque année, selon le village.
Il devint livide.
— Elles ne sont jamais venues ici.
Freya sentit son ventre se nouer.
— Quoi ?
— Tu es la première personne que j’ai vue depuis des années, à part les hommes qui apportaient de l’eau et de la nourriture.
Silence.
— Alors où sont-elles allées ?
Kael ne répondit pas.
Ils savaient tous les deux que la réponse serait probablement horrible.
Freya se détourna.
— Nous devons retourner au village.
Kael attrapa son bras.
Elle sursauta.
Il la lâcha immédiatement.
— Désolé.
Il semblait presque effrayé par son propre geste.
— Tu ne peux pas revenir comme ça.
— Pourquoi ?
— Parce que Varick pense que tu es morte.
— Tant mieux.
— Non.
Kael la regarda.
— S’il découvre que tu m’as libéré, il comprendra que le lien s’est activé.
Freya rougit malgré elle.
— Ce fameux lien d’âme sœur ?
Kael détourna les yeux.
— Oui.
— Expliquez-moi.
Il resta silencieux.
— Vous ne pouvez pas dire une chose pareille puis faire semblant qu’elle n’existe pas.
Kael soupira.
Chez les Alphas, expliqua-t-il, certaines personnes naissaient avec une âme liée à une autre.
Pas une obligation d’aimer.
Pas une possession.
Mais une connexion profonde.
Une personne capable d’ancrer l’autre lorsqu’elle perdait le contrôle de sa transformation.
— Et vous pensez que c’est moi ?
— Je ne pense pas.
Kael la regarda.
— Je le sens.
Freya se raidit.
— Je n’aime pas beaucoup l’idée que quelqu’un puisse décider à ma place.
— Moi non plus.
Sa réponse la surprit.
— Alors ?
— Alors cela ne signifie rien si tu ne veux pas que cela signifie quelque chose.
Freya resta silencieuse.
C’était la première chose rassurante qu’elle entendait depuis qu’on l’avait condamnée.
Puis Kael regarda son pendentif.
— Mais cette pierre me préoccupe davantage.
Freya la lui tendit.
Il ne la toucha pas.
— C’est de l’obsidienne d’ombre.
— Et ?
— Elle empêche la magie du sang de se manifester.
— Quelle magie ?
Kael leva les yeux.
— La tienne.
Freya éclata de rire.
— Je n’ai aucune magie.
Kael ne sourit pas.
— Qui étaient tes parents ?
— Mon père s’appelait Tomas. Ma mère, Elin.
— Tu les as connus ?
— Oui.
— Jusqu’à quel âge ?
— Treize ans.
Kael réfléchit.
— Et comment sont-ils morts ?
Freya se figea.
— Dans l’incendie de notre maison.
Kael se leva.
— Varick était-il déjà seigneur ?
— Oui.
— Qui a identifié les corps ?
Freya ouvrit la bouche.
Puis se tut.
Elle n’en savait rien.
On lui avait simplement dit que ses parents étaient morts.
Varick avait lui-même envoyé quelqu’un lui annoncer la nouvelle.
Kael approcha du pendentif.
— Enlève-le.
— Vous avez dit que—
— Ici, Varick ne peut pas te voir.
Freya hésita.
Puis retira la chaîne.
Dès que la pierre quitta sa peau, le cristal bleu sur l’autel explosa de lumière.
Kael recula.
Freya sentit une chaleur monter dans ses veines.
Ses mains s’illuminèrent légèrement.
Des lignes argentées apparurent sur ses poignets.
Kael resta bouche ouverte.
— Non…
Freya paniqua.
— Quoi ?
— Je connais ces marques.
— D’où ?
Kael s’approcha.
— Ma mère portait les mêmes.
Freya se figea.
— Votre mère ?
— Elle appartenait à la maison Eira.
Les guérisseurs royaux.
Une famille qui aurait disparu presque entièrement vingt ans plus tôt.
Kael la regarda comme s’il venait de comprendre quelque chose d’immense.
— Freya…
— Quoi ?
— Ta mère ne s’appelait probablement pas Elin.
Le cristal pulsa.
Une image apparut dans la lumière.
Une femme blonde.
Plus jeune.
Vêtue d’un manteau rouge.
Freya cessa de respirer.
Elle connaissait ce visage.
— Maman…
Kael regarda l’image.
Et pâlit.
— Je la connais.
Freya se tourna vers lui.
— Comment ?
— Parce qu’elle était la sœur de ma mère.
Le silence devint total.
Kael murmura :
— Tu n’as pas été choisie au hasard comme sacrifice.
Freya sentit le sol disparaître sous elle.
— Alors pourquoi moi ?
Kael regarda la lumière.
— Parce que Varick savait exactement qui tu étais.
PARTIE 3 — LES SACRIFICES N’ÉTAIENT PAS DES SACRIFICES
Ils quittèrent le donjon avant l’aube.
Kael connaissait des tunnels sous le château.
Certains menaient directement dans les montagnes.
D’autres rejoignaient les anciennes routes royales.
Freya marcha en silence.
Elle pensait à sa mère.
À son visage dans le cristal.
À tous les mensonges.
Lorsqu’ils atteignirent une ancienne tour de garde, Kael s’arrêta.
— Tu devrais dormir.
— Je ne peux pas.
— Freya—
— J’ai passé cinq ans à pleurer des parents qui m’avaient peut-être menti sur tout.
Kael ne répondit pas.
Elle s’assit.
— Pourquoi ma mère aurait-elle caché son nom ?
— Pour te protéger.
— Tout le monde dit toujours ça après avoir menti.
Kael baissa les yeux.
— Tu as raison.
Freya le regarda.
— C’est tout ?
— Tu veux que je défende des gens que je n’ai jamais rencontrés ?
Elle soupira.
— Non.
Un léger silence.
Puis Kael ajouta :
— Mais si ta mère était bien de la maison Eira, elle était en danger.
— À cause de Varick ?
— Probablement.
Le prince expliqua.
La maison Eira avait une fonction particulière.
Ses membres n’étaient pas seulement guérisseurs.
Ils étaient les gardiens des serments royaux.
Grâce à leur magie, ils pouvaient reconnaître lorsqu’un pacte avait été rompu.
Le roi Edric leur faisait confiance.
Varick les détestait.
Si la mère de Freya avait survécu à la chute de la famille royale, elle détenait probablement des preuves.
— Alors il l’a tuée.
— Peut-être.
Freya serra les poings.
— Et toutes les autres filles ?
Kael détourna le regard.
— Nous devons le découvrir.
Ils retournèrent secrètement vers Vargheim.
Freya connaissait un ancien passage derrière le moulin.
Ils entrèrent dans le village la nuit.
Tout était silencieux.
Sa maison semblait exactement comme elle l’avait laissée.
Freya poussa la porte.
Puis s’arrêta.
Quelqu’un avait fouillé les lieux.
Les tiroirs étaient ouverts.
Le matelas renversé.
Kael inspecta le sol.
— Ils cherchaient quelque chose.
Freya réfléchit.
Sa mère gardait autrefois une petite boîte sous une lame du plancher.
Elle se précipita.
La lame avait déjà été retirée.
La cache était vide.
— Varick.
Kael examina l’ouverture.
— Peut-être pas.
Il montra une petite trace de cire bleue.
— Sceau royal.
Freya fronça les sourcils.
Quelqu’un de la vieille maison royale était venu ici.
Mais qui ?
Un bruit retentit dehors.
Kael changea instantanément.
Pas complètement.
Ses yeux devinrent dorés.
Ses doigts se crispèrent.
Freya posa une main sur son bras.
— Kael.
Il la regarda.
Le changement s’arrêta.
Ils se figèrent tous les deux.
Le lien.
Kael recula légèrement.
— Désolé.
— Arrêtez de vous excuser chaque fois que vous respirez.
Il sourit faiblement.
Quelqu’un frappa à la porte.
Trois coups.
Puis deux.
Freya reconnut le signal.
C’était Mara, l’ancienne sage-femme.
Elle ouvrit.
La vieille femme resta immobile en voyant Kael.
Puis elle se mit à pleurer.
— Prince…
Kael pâlit.
— Vous me connaissez ?
Mara s’agenouilla.
— J’ai aidé votre mère à vous mettre au monde.
Freya la releva.
— Pas le temps pour les cérémonies. Dites-nous ce que vous savez.
Mara les regarda.
Puis Freya.
— Tu as retiré la pierre noire.
— Oui.
— Alors il t’a retrouvée.
— Qui ?
Mara regarda Kael.
— Le Cœur.
Freya soupira.
— Tout le monde parle en énigmes depuis hier. J’aimerais une réponse normale.
La vieille femme hocha la tête.
Puis raconta.
Tomas et Elin n’étaient pas les véritables noms des parents de Freya.
Son père se nommait Rowan.
Sa mère, Selene Eira.
Après la disparition du roi et de la reine, Selene avait découvert que Varick recherchait les survivants.
Elle et Rowan avaient fui avec leur fille.
Ils changèrent de nom.
Ils vécurent discrètement.
Mais lorsque Freya eut treize ans, sa magie commença à se manifester.
Varick finit par les retrouver.
— L’incendie…
Mara ferma les yeux.
— Oui.
Freya sentit ses jambes faiblir.
Kael se plaça près d’elle.
— Ils sont morts ?
— Ton père, oui.
— Et ma mère ?
Mara hésita.
Freya sentit immédiatement le mensonge.
— Elle est vivante.
La vieille femme détourna les yeux.
— Mara.
— Je l’ignore.
— Vous mentez.
Mara pleura.
— Je sais seulement qu’on l’a emmenée.
Freya sentit une colère froide monter.
— Où ?
— Sous le sanctuaire de Varick.
Kael fronça les sourcils.
— Quel sanctuaire ?
Mara leur parla d’un lieu sous la forteresse du seigneur.
Les jeunes femmes offertes chaque année n’étaient pas envoyées au loup.
Elles étaient conduites là.
Varick recherchait parmi elles des descendantes de la maison Eira.
Il espérait trouver quelqu’un capable d’activer le Cœur de Skall avec Kael.
— Pourquoi deux lignées ?
— Parce que le Cœur n’obéit pas à l’Alpha seul.
Kael comprit.
— Il faut un Gardien du Serment.
Mara acquiesça.
— Exactement.
Freya regarda ses mains.
— Alors pendant toutes ces années…
— Varick testait les filles.
— Et celles qui échouaient ?
Mara baissa les yeux.
— Certaines furent libérées loin d’ici. D’autres enfermées. Je ne connais pas tous leurs destins.
Freya ferma les yeux.
Sa colère n’était plus seulement personnelle.
— Nous allons au sanctuaire.
Kael secoua la tête.
— Pas sans plan.
— Ma mère est peut-être là.
— Et c’est exactement ce que Varick espère que tu penseras.
— Vous voulez que j’attende ?
— Je veux que tu survives.
Freya se tourna.
— Et si votre mère était là ?
Kael se tut.
Elle comprit qu’elle avait touché juste.
Quelques heures plus tard, ils infiltrèrent la forteresse.
Mara leur donna un ancien plan.
Ils descendirent sous les caves.
Puis plus bas.
Des voix résonnaient.
Des gardes.
Kael prit sa forme de loup pour les éviter.
Freya le suivit.
Dans une salle cachée, ils trouvèrent des cellules.
Des femmes.
Six.
Certaines très jeunes.
D’autres plus âgées.
Freya reconnut l’une d’elles.
Astrid.
Offerte trois ans plus tôt.
— Tu es vivante…
Astrid pleura.
— Freya ?
Ils ouvrirent les portes.
Puis un bruit de chaînes retentit plus loin.
Freya suivit le son.
Au bout du couloir se trouvait une cellule différente.
Une femme blonde y était assise.
Ses cheveux étaient presque blancs.
Elle leva la tête.
Freya cessa de respirer.
— Maman ?
La femme se leva brusquement.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— Freya…
Elle courut contre les barreaux.
Freya posa ses mains sur les siennes.
— Tu es vivante.
Selene pleurait.
— Tu ne devais jamais venir ici.
Freya rit presque.
— C’est une façon étrange de dire bonjour après cinq ans.
Puis Selene aperçut Kael.
Son visage devint blanc.
— Non.
Kael reprit forme humaine.
— Vous connaissiez ma mère.
Selene ferma les yeux.
— Oui.
— Où est-elle ?
Silence.
Kael avança.
— Où est ma mère ?
Selene regarda derrière eux.
— Trop tard.
Un applaudissement lent résonna dans le couloir.
Varick apparut.
Une dizaine de gardes derrière lui.
— Enfin.
Freya se retourna.
Varick sourit.
— L’Alpha.
Il regarda Freya.
— Et la dernière Eira.
Son sourire s’élargit.
— Exactement là où je voulais vous avoir.
PARTIE 4 — LE CŒUR DE SKALL
Freya se réveilla enchaînée.
Pas dans une cellule.
Dans une immense salle souterraine.
Kael était attaché de l’autre côté.
Selene également.
Au centre de la pièce se trouvait un cristal colossal.
Bien plus grand que celui du donjon.
Bleu.
Vivace.
Traversé de lumière.
Le Cœur de Skall.
Varick se tenait devant.
— Vingt ans.
Il regarda Kael.
— Vingt ans à attendre.
Kael tira sur ses chaînes.
— Vous avez tué mon père.
— Oui.
Silence.
Même Freya ne s’attendait pas à un aveu aussi simple.
Varick continua.
— Il était un homme honorable. Terriblement peu pratique.
Kael rugit.
Ses yeux devinrent dorés.
Freya sentit le lien vibrer.
— Kael !
Il la regarda.
Respira.
Puis reprit le contrôle.
Varick observa la scène avec fascination.
— Magnifique.
Il se tourna vers Freya.
— Ta mère avait raison. Le lien est réel.
Selene cria :
— Ne la touchez pas !
Varick sourit.
— Je n’ai plus besoin de la toucher.
Il expliqua enfin son plan.
Le Cœur de Skall n’était pas seulement un outil de protection.
Il contrôlait les anciennes barrières magiques de toute la vallée.
Celui qui dirigeait son énergie pouvait fermer les routes.
Briser les récoltes.
Faire tomber des tempêtes.
Ou protéger des milliers de personnes.
Mais il exigeait deux volontés.
L’Alpha pour fournir la puissance.
L’Eira pour définir le serment qui la gouvernait.
— C’est pour cela que vous aviez besoin de ma mère, dit Freya.
— Oui.
— Pourquoi pas elle ?
Varick regarda Selene.
— Elle a refusé.
— Pendant cinq ans ?
— Elle est très obstinée.
Freya serra les dents.
— Et les autres filles ?
— Des erreurs.
— Vous avez détruit des vies.
— Pour sauver un royaume.
Kael cracha :
— Vous ne voulez pas sauver le royaume.
Varick sourit.
— Non.
Il ne prétendit même pas.
— Je veux être certain qu’il ne puisse plus jamais me résister.
Il leva les bras.
Les gardes approchèrent Freya du cristal.
Kael commença à lutter.
Varick ordonna :
— Faites-le se transformer.
Un garde activa un collier de métal.
Kael cria.
Sa forme humaine commença à changer.
Freya hurla :
— Arrêtez !
Le loup blanc apparut.
Enchaîné.
Furieux.
Ses yeux brillaient comme du feu.
Varick approcha Freya du Cœur.
— Pose ta main dessus.
— Non.
— Ta mère a dit la même chose.
Il fit signe à un garde.
Une lame fut placée près de Selene.
Freya devint immobile.
— Ne fais pas ça, dit sa mère.
— Maman—
— Écoute-moi.
Selene sourit malgré les larmes.
— Nous t’avons cachée pour que tu puisses choisir ta vie. Ne rends pas ce choix maintenant.
Freya regarda Kael.
Le loup se débattait.
Puis il la fixa.
Le lien pulsa.
Elle sentit sa douleur.
Sa peur.
Mais aussi quelque chose d’autre.
Une pensée presque claire.
Pas les mots de Kael.
Une intention.
Fais-moi confiance.
Freya inspira.
Puis posa sa main sur le cristal.
Varick sourit.
La salle explosa de lumière.
Le Cœur s’activa.
Les runes apparurent.
Varick s’approcha.
— Prononce le serment.
— Quel serment ?
— Dis : « Que Skall obéisse à son maître. »
Freya regarda le cristal.
Les mots de Mara lui revinrent.
Un Gardien du Serment ne donne pas seulement de la puissance.
Il définit ce que cette puissance doit servir.
Freya comprit.
Varick croyait qu’il lui suffisait de dicter la phrase.
Mais le Cœur n’écoutait pas les mots.
Il écoutait l’intention.
Elle regarda Kael.
Puis sa mère.
Puis les prisonnières.
Puis Varick.
Freya parla.
— Que Skall obéisse…
Varick se pencha.
— Oui.
— …à ceux qu’il protège.
Le sourire de Varick disparut.
— Quoi ?
Le Cœur explosa de lumière.
Les chaînes de Kael se brisèrent.
Le loup bondit.
Les gardes reculèrent.
Varick cria :
— NON !
Des runes parcoururent toute la salle.
Selene fut libérée.
Les portes des cellules s’ouvrirent.
Partout dans la forteresse, les serrures sautèrent.
Kael reprit forme humaine.
Il se plaça devant Freya.
Varick recula.
— Vous ne comprenez pas ce que vous avez fait.
Freya regarda autour d’elle.
— Si.
La lumière traversa la montagne.
Dans tous les villages, les anciennes bornes de pierre s’allumèrent.
Les habitants sortirent de leurs maisons.
Les loups descendirent des forêts.
Pas pour attaquer.
Pour encercler les routes menant au château.
Varick regarda le cristal.
— Il m’appartenait.
Kael répondit :
— C’est pour cela qu’il ne vous a jamais choisi.
Varick saisit une arme.
Il courut vers Freya.
Kael s’interposa.
Mais Freya leva la main.
Les marques argentées sur ses poignets s’illuminèrent.
— Varick.
Il s’arrêta.
Une lumière blanche traversa son corps.
Pas pour le blesser.
Pour révéler.
Le Cœur projeta autour d’eux des images.
Vingt ans de souvenirs.
Varick empoisonnant le roi.
Ses hommes attaquant la reine.
Kael enfant enchaîné.
L’incendie de la maison de Freya.
Les jeunes femmes capturées.
Les prisonnières.
Tout.
Les gardes regardèrent.
Certains abaissèrent leurs armes.
Varick pâlit.
— Ce sont des illusions !
Selene répondit :
— Non.
Elle se leva.
— Ce sont des serments brisés.
Un garde retira l’insigne de Varick.
Puis un autre.
Varick se retrouva seul.
Kael avança.
Sa colère était immense.
Freya sentit le lien.
Il pouvait tuer Varick.
Il en avait envie.
Elle s’approcha.
— Kael.
Il ne répondit pas.
— Regardez-moi.
Ses yeux dorés se fixèrent sur elle.
— Si vous le tuez maintenant, vous lui donnez la fin qu’il a donnée aux autres.
Kael tremblait.
— Il a tué mon père.
— Je sais.
— Il a emprisonné ma mère.
Selene baissa les yeux.
Kael la regarda.
— Où est-elle ?
Selene pleura.
— Kael…
Le prince comprit.
Sa mère ne reviendrait pas.
Il ferma les yeux.
Puis ouvrit les mains.
Varick resta en vie.
Pas par pitié.
Par choix.
Et pour la première fois, Freya sentit le lien entre eux changer.
Il n’était plus une chaîne mystique.
Il devenait quelque chose qu’ils choisissaient tous les deux.
PARTIE 5 — L’ALPHA ET LA FILLE QUI REFUSAIT D’ÊTRE UN SACRIFICE
La chute de Varick ne résolut pas tout.
Les histoires le prétendraient plus tard.
Les chansons diraient qu’un prince-loup avait été libéré, qu’une jeune femme avait réveillé un cristal et que le mal avait disparu avant le lever du soleil.
La réalité fut plus compliquée.
Le royaume était brisé.
Les villages ne faisaient plus confiance au château.
La famille royale avait disparu depuis deux décennies.
Des familles cherchaient encore leurs filles.
Certaines prisonnières ne voulaient jamais revoir Vargheim.
D’autres voulaient que les responsables soient jugés.
Kael aurait pu réclamer immédiatement la couronne.
Beaucoup le lui demandaient.
Il refusa.
— Si je reviens après vingt ans et que mon premier acte est de m’asseoir sur un trône, Varick aura gagné une dernière fois.
Freya le regarda.
— C’est étonnamment intelligent.
Kael sourit.
— Merci.
— J’ai dit étonnamment.
Selene éclata de rire pour la première fois depuis des années.
Un Conseil temporaire fut créé.
Des représentants de chaque village y participèrent.
Les survivantes des prisons reçurent également une place.
Kael siégeait comme héritier de Skall.
Selene représentait les anciens Eira.
Freya refusa d’abord.
— Je ne suis personne.
Sa mère la regarda.
— Tu viens littéralement de réécrire le serment magique le plus puissant des vallées.
— C’était un accident.
— Bien sûr.
Freya finit par accepter.
Varick fut jugé publiquement.
Pas seulement pour le meurtre du roi.
Mais pour chaque personne disparue.
Chaque enlèvement.
Chaque famille détruite.
Il tenta de prétendre qu’il avait agi pour maintenir l’ordre.
Cette défense ne convainquit personne.
Le nouveau Conseil le condamna à terminer sa vie dans la même forteresse où il avait enfermé tant d’autres.
Sans magie.
Sans autorité.
Sans serviteurs.
Freya n’assista pas à son départ.
Elle avait autre chose à faire.
Elle retourna dans son ancienne maison.
Le toit avait été réparé.
La porte aussi.
Elle resta longtemps devant.
Kael l’accompagnait.
— Tu vas rester ici ?
— Pour l’instant.
— Le château a des chambres.
— Il a aussi des cachots.
— Nous allons les transformer.
— En quoi ?
Kael réfléchit.
— Bibliothèque ?
Freya rit.
— Vous n’avez aucune idée de ce qu’on fait avec un château, n’est-ce pas ?
— Absolument aucune.
Ils entrèrent.
Sur la table, Selene avait posé une petite boîte.
Freya l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait une lettre.
Écrite par Rowan, son père.
Selene l’avait conservée pendant des années.
Freya lut lentement.
« Ma petite Freya,
si un jour tu apprends qui nous étions réellement, j’espère que personne ne te fera croire que cela t’oblige à devenir quelqu’un d’autre.
Tu ne dois rien à notre nom.
Tu ne dois rien à notre magie.
Tu ne dois même rien aux sacrifices que nous avons faits pour toi.
Une vie sauvée n’est pas une dette.
C’est une chance.
Utilise-la comme tu veux.
Papa. »
Freya pleura.
Silencieusement.
Kael resta à distance.
Puis elle tendit une main.
Il vint s’asseoir près d’elle.
— Il avait l’air bien.
— Oui.
— J’aurais aimé le connaître.
Freya essuya ses larmes.
— Moi aussi.
Quelques semaines plus tard, Kael demanda à lui parler près du lac.
Freya savait exactement ce qu’il allait dire.
Elle le laissa souffrir quelques minutes.
— Alors ?
Kael semblait plus nerveux devant elle qu’il ne l’avait été face à une armée.
— À propos du lien.
— Ah.
— Il est toujours là.
— J’avais remarqué.
— Je voulais te dire que—
— Vous ne m’obligerez jamais à rien.
— Oui.
— Vous l’avez déjà dit.
— Oui.
— Et ?
Kael soupira.
— Je suis très mauvais pour ça.
Freya sourit.
— Continuez.
Il inspira.
— Le lien m’a dit que tu étais importante avant que je sache qui tu étais.
Freya resta silencieuse.
— Mais maintenant je te connais.
Il baissa les yeux.
— Et ce n’est pas la même chose.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Kael la regarda.
— Si le lien disparaissait demain, je te choisirais quand même.
Freya sentit son cœur se serrer.
Cette fois, pas à cause de la magie.
— C’était moins mauvais que prévu.
Kael sourit.
— Merci.
— Mais je ne vais toujours pas devenir votre reine demain.
— Je n’ai rien demandé.
— Votre visage l’a demandé.
— Mon visage est innocent.
— Absolument pas.
Elle rit.
Puis lui prit la main.
Pas parce qu’une magie ancienne l’exigeait.
Parce qu’elle en avait envie.
Deux ans passèrent.
Le château de Skall fut transformé.
Les donjons devinrent réellement une bibliothèque.
Freya s’en moqua pendant des mois.
Le grand hall fut ouvert aux habitants.
Les anciennes taxes imposées par Varick furent abolies.
Kael fut finalement reconnu comme gardien des Hautes Vallées.
Il refusa longtemps le titre de roi.
Puis le Conseil lui proposa une nouvelle fonction.
Un souverain limité par une charte.
Élu et confirmé par les représentants des vallées.
Kael accepta.
À une condition.
— Pas de sacrifices.
Personne ne rit.
Cette phrase signifiait trop de choses.
Freya, elle, devint Gardienne du Cœur.
Pas parce qu’elle avait hérité du titre.
Parce que le Conseil la choisit.
Et parce qu’elle accepta.
Selene reconstruisit la maison Eira comme école de guérisseurs.
Mara vint vivre avec elle.
Les anciennes prisonnières reçurent des terres ou de l’argent selon leur choix.
Astrid ouvrit une auberge à deux jours de Vargheim.
Elle l’appela « Le Loup Enchaîné ».
Kael détestait le nom.
Tout le monde l’adorait.
Un soir d’hiver, Freya retourna dans le vieux donjon.
Seule.
La pièce était vide.
Les chaînes avaient été retirées.
Le petit cristal bleu brillait encore sur l’autel.
Elle s’approcha.
Une image apparut.
Kael enfant.
Cinq ans.
Sa mère, Lyanna, agenouillée devant lui.
Freya resta immobile.
Elle n’avait jamais vu ce souvenir.
Lyanna disait :
— Un Alpha n’est pas celui qui commande à tous les autres.
Le petit Kael demanda :
— Alors c’est quoi ?
Sa mère sourit.
— Celui qui est assez fort pour ne pas avoir besoin de les posséder.
L’image disparut.
Freya sentit des pas derrière elle.
Kael.
— Je te cherchais.
— J’ai trouvé quelque chose.
Elle lui raconta.
Kael resta silencieux.
Puis regarda le cristal.
— Je ne me souvenais plus de sa voix.
Freya lui prit la main.
Il ferma les yeux.
Cette nuit-là, ils restèrent longtemps assis dans l’ancien cachot.
L’endroit où tout avait commencé.
Plus tard, les villageois inventeraient des versions beaucoup plus romantiques.
Certains diraient que Freya avait immédiatement reconnu Kael comme son âme sœur.
Faux.
Elle avait cru qu’il était fou.
D’autres prétendraient qu’il lui avait demandé de l’épouser dès la première nuit.
Encore plus faux.
Il avait à peine réussi à marcher.
La vérité était plus lente.
Plus maladroite.
Et meilleure.
Kael demanda Freya en mariage trois ans après sa libération.
Elle répondit :
— Vous avez mis du temps.
Il resta bouche ouverte.
— J’avais peur que tu dises non.
— J’allais dire oui.
— Comment pouvais-je le savoir ?
— Vous êtes censé sentir mon âme.
— Ce lien est beaucoup moins utile que les légendes le prétendent.
Freya éclata de rire.
Puis répondit oui.
Leur mariage eut lieu au printemps.
Pas dans la grande salle royale.
Sur la colline au-dessus de Vargheim.
Les habitants vinrent.
Les loups restèrent à distance.
Selene pleura.
Mara encore davantage.
Et lorsque Kael prit la main de Freya, les marques argentées apparurent brièvement sur ses poignets.
Mais cette fois, Freya ne sentit aucune chaîne.
Seulement de la chaleur.
Des années plus tard, lorsqu’on lui demanda si elle croyait au destin, elle réfléchit longtemps.
Puis répondit :
— Je crois que le destin peut ouvrir une porte.
La jeune fille qui lui avait posé la question demanda :
— Et après ?
Freya regarda Kael, qui discutait avec des enfants dans la cour.
— Après, il faut encore choisir d’entrer.
Sur le mur de l’ancien donjon, ils avaient laissé une seule chaîne.
Pas pour se souvenir de la souffrance.
Mais de ce qui l’avait brisée.
Sous cette chaîne, Freya avait fait graver une phrase.
Pas le nom d’un roi.
Pas celui d’une reine.
Seulement :
« Aucun être vivant ne doit devenir le sacrifice de la peur des autres. »
Et chaque hiver, lorsque la neige recouvrait Skall, les loups blancs descendaient jusqu’aux portes du château.
Ils ne hurlaient plus comme autrefois.
Ils s’allongeaient simplement dans la neige.
Libres.
Comme le prince qu’une jeune fille en rouge avait autrefois trouvé enchaîné sous terre.
Et comme la jeune fille elle-même, que tout un village avait appelée sacrifice…
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avant qu’elle décide qu’elle ne serait plus jamais offerte à personne.
FIN.